Obtenir une ordonnance de marijuana en Californie ? Facile, j’ai testé

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Obtenir une ordonnance de marijuana en Californie ? Facile, j’ai testé

Les rabatteurs des Green doctors, à Los Angeles (Armelle Vincent/Rue89)

Affublés de tuniques et pantalons de bloc opératoire verts ornementés d’une feuille de marijuana, trois types arpentent les planches de Venice, un quartier de Los Angeles. Ils racolent les clients, pardon… les « patients », pour le compte de Green Doctors, l’une des cliniques de cannabis thérapeutique de cette mecque californienne de la contre-culture. Et demandent aux promeneurs en leur emboîtant le pas :

« Besoin d’un bon remède ? Souffrez-vous de migraines, glaucome, arthrite ? »

Je réponds :

« – Non mais d’insomnie, parfois.

– La marijuana est excellente pour l’insomnie. Le docteur peut vous en prescrire pour 40 dollars.

– Votre clinique est-elle en règle ?

– Tout ce qu’il y a de plus légal.

– Pas du point de vue du gouvernement fédéral.

– Ça ne nous dérange pas. On vient d’obtenir les signatures nécessaires pour continuer à opérer. »

Depuis un an, l’industrie californienne du cannabis médical, légalisée en 1996 avec le passage de la loi Compassionate Use Act (qui autorise la vente et l’usage de cannabis pour les malades munis d’une ordonnance), est dans le collimateur d’Obama. Plus de six cents dispensaires ont été fermés. Des cultivateurs ont été arrêtés.

La fameuse université Oaksterdam (qui enseigne la culture du cannabis) et l’énorme dispensaire Harborside Health Center d’Oakland (108 000 patients) ont fait l’objet de raids par des agents fédéraux.

Harborside a décidé de contre-attaquer en poursuivant à son tour le gouvernement fédéral en justice devant un tribunal civil pour confiscation illégale de biens. Il est soutenu dans son action par la ville d’Oakland qui a déclaré ne pas avoir les moyens de se passer des revenus du cannabis (1,1 million de dollars en 2011).

Qu’est-ce qui pousse le président démocrate à s’en prendre à une industrie établie et fructueuse (le State Board of Equalization, administration fiscale, estime collecter entre 58 et 105 millions de dollars annuels de taxes sur la vente de cannabis en dispensaire) ? Ses débordements, qui ont fini par échapper au contrôle des autorités.

La loi de 1996 est en effet si vague et son application si sujette aux détournements que loin de ne servir que les malades, les dispensaires sont devenus des points de ravitaillement de « stoners » (camé). En quelques années, ils ont proliféré à tel point qu’il est devenu impossible de les compter. A Los Angeles, leur nombre est estimé entre 500 et 1 000. On les reconnaît à la croix verte ornant généralement leur devanture.

Dans le climat actuel, j’ai bien fait ne pas prononcer le mot « journaliste » en présence du rabatteur de Green Doctors. Il m’aurait dit de passer mon chemin. Je l’ai donc suivi docilement en tant que « patiente » vers un local ouvert sur les planches annonçant « The doctor is in », tapissé d’un papier peint fatigué représentant des plants de marijuana.

Tournant le dos à des étagères ébréchées si vides qu’on se demande à quoi elles servent, une jeune femme assise à un bureau branlant joue avec son portable. Quatre chaises pliantes en fer composent le mobilier de la salle d’attente.

Une porte à laquelle il manque la poignée est ouverte sur un cabinet de consultation à la limite de l’insalubrité. Il y a là un homme au moins nonagénaire, avachi sur sa chaise, l’air absent. C’est le docteur, celui que recommande le rabatteur comme un ponte de la cardiologie de Beverly Hills.

Le docteur Morris Halfon en consultation (Armelle Vincent/Rue89)

La fille au portable me fait remplir un formulaire recto-verso sur mes antécédents médicaux. Je dois jurer comprendre que le cannabis n’est en rien un substitut à un traitement traditionnel. Il y a deux autres « patients » dans la salle d’attente, un homme trop lourd déguenillé d’une cinquantaine d’années et un trentenaire en complet propre sur lui. Je lui demande :

« – Vous êtes malade ?

– Non, mais je préfère avoir l’ordonnance. Ça m’évitera d’avoir des problèmes avec la loi si je veux fumer. »

C’est à voir, avec les multiples descentes de la Drug Enforcement Administration (DEA, le service de la police fédéral chargé de la mise en application de la loi sur les stupéfiants) orchestrées ces derniers temps par les quatre procureurs fédéraux de l’état.

Car la loi fédérale, qui supplante la loi californienne, interdit la culture et la vente de cannabis (crimes) ainsi que sa consommation (délit). A tout moment, la police peut ainsi vous tomber dessus et vous envoyer en prison, ordonnance ou pas, permis de cultiver ou non.

Au bout de cinq minutes, je suis invitée à entrer dans le cabinet du vieux docteur, Morris Halfon. Ses mains tremblent. Il est sourd comme un pot. Il me demande de quoi je souffre en m’indiquant une ligne qu’il doit remplir sur l’ordonnance comme pour dire « je m“en fous mais je dois écrire quelque chose”.

Il me demande de toucher le bout de mon nez les yeux fermés avec chaque main puis de les joindre devant moi. Il écoute mon pouls pendant dix secondes. Il n’a pas fermé la porte sans poignée pendant la consultation. Je lui demande ce qu’il fabrique dans ce bureau délabré à son âge et combien il est payé. Il refuse de répondre mais me dit qu’il a connu des Français plus agréables.

En cinq minutes, j’ai mon ordonnance, ou plutôt “recommandation”, qui me donne le droit le droit de posséder et transporter jusqu’à 226 grammes de marijuana. Il me faut maintenant le certificat officiel. Le rabatteur me propose de me conduire à l’endroit où il me sera délivré, à quelques centaines de mètres de là.

Parvenus à l’autre local de Green doctors qui, apparemment sert aussi de bijouterie, je suis introduite dans une pièce nue où me rejoint un Libanais qui me propose plusieurs certificats : je dois choisir entre une validité de trois mois (120 dollars), six mois (180 dollars) ou un an (240 dollars).

Devant mon hésitation, il finit par me faire une ristourne pour six mois. A la porte m’attend maintenant un géant en vélo, ancien pro du basket qui a connu des jours meilleurs. Son boulot est d’escorter les patients vers un dispensaire du quartier où ils seront fichés.

Il est difficile d’imaginer pourquoi Obama se montre plus intolérant que Bush (quoi que ce soit le même topo avec les expulsions de sans papiers) en matière de cannabis. Mais des opérations comme Green Doctors portent une part de responsabilité en cela qu’elles semblent au minimum fantaisistes. En googlant le docteur Halfon, j’ai découvert qu’il avait été inculpé dans une affaire de prescriptions frauduleuses d’OxyContin. Ce n’est pas sérieux.

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